POLAR DANS LE MEDICO-SOCIAL.

AN 2000 : POLAR DANS LE MEDICO-SOCIAL.

 
VIVE LA MODERNITE.
 
 
 
Samedi 26 août 2000 :

J’ai mal dormi. Mon petit Elouarn a pleuré une bonne partie de la nuit, la vie de bébé consisterait-elle essentiellement à empêcher ses parents de dormir ?

Je pense à Hans Jonas pour qui, le nourrisson serait le paradigme de l’êtremaya-baby-flasche.jpg vulnérable, il compare à partir de là,  la responsabilité des parents à celle des hommes politiques.

J’essaie tant bien que mal d’inscrire mes insomnies parentales dans une construction intellectuelle cohérente.

 
Lundi 28 août :

602498840481.jpgEnfin une nuit tranquille. Il fait beau. Je démarre la journée en écoutant Lester Young à plein volume dans ma voiture.

A 14 heures, le directeur général adjoint de mon association m’informe par téléphone que le directeur général a été démis de ses fonctions le matin même. Il est laconique, mais m’indique tout de même que les motifs en sont trés graves. Une réunion des directeurs d’établissements et services de l’association est prévue le 8 septembre avec le président.

 
 
Vendredi 8 septembre :

La réunion est fixée à dix heures. J’aurais dû laisser ma voiture Porte de la Chapelle… la rue de Clichy est toujours embouteillée… J’arrive avec 20 minutes de retard. La réunion a commencé à l’heure.

Blanchiment d’argent, placements frauduleux, malversations, les mots résonnent à mes oreilles comme autant de coups de poings portés à l’estomac. Le montant des sommes impliquées est impressionant (60, 80 millions de francs ??). Le président lit une déclaration ; il est très ému. C’est visiblement pour lui une insulte personnelle.

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Deux collègues éclatent en sanglots, le sentiment de s’être fait abuser est absolument insupportable.

 
Week-end du 9 et 10 septembre :
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Je ne m’en remets pas. Je ne dors plus à nouveau, mais cette fois ci, mon petit Elouarn n’y est pour rien.

 
Lundi 11 septembre :

J’ai convoqué les chefs de service de l’établissement. Je leur lis la déclaration du président. J’ai la gorge nouée. Tout le monde s’inquiète de la trésorerie et du paiement des salaires.

J’essaie d’être rassurant ; je répète ce qui m’a été dit.

 
Mardi 12 septembre :

Je suis informé du placement en garde à vue du Directeur Général.

 
Jeudi 14 septembre :
J’apprend qu’il est écroué à la prison de la Santé.
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Je me sens très soulagé et je m’en veux d’avoir été abusé. Je ressens un profond malaise. Ni mes enfants, ni Miles Davis, ni une bonne dose de Bourbon ne soulageront ma peine de ce soir.

 
Vendredi 15 septembre :

J’ai convoqué les médecins et psychologues de l’établissement pour leur lire la déclaration du président et les informer de l’évolution de la situation.

Je réalise que je ne parviendrai pas à lire à haute voix tant je suis ému. Je laisse circuler la déclaration. Je répète à nouveau ce qui m’a été dit et j’essaie une fois de plus d’être rassurant. J’insiste pour que chacun d’eux soit attentif à entretenir le moral des troupes ; c’est vital pour les enfants polyhandicapés accueillis dans l’établissement.

 
Jeudi 5 octobre :

“ L’affaire ” fait la une du “ Figaro ”. C’est un soulagement. Cela fait plus d’un mois que je ne sais ni ce que je peux dire, ni ce que je dois dire, ni à qui je peux parler.
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Je commence par appeler mon inspectrice DDASS. Je ne lui épargne rien de mes états d’âme ; a-t’elle compris combien je me sens seul ?

 
Vendredi 6 octobre :

J’adresse le communiqué du président à tous les parents d’enfants. A nouveau j’essaie d’être rassurant : l’accueil et la prise en charge de leur enfant ne sauraient être remis en question.

Je m’inquiète de la situation de trésorerie auprès de mon siège ; aucune mesure particulière n’est prise pour avancer la facturation et retarder les paiements. Là aussi, on essaie de me rassurer : « tout est fait pour que les établissements puissent continuer leur mission dans la sérénité ».

 
Mardi 17 octobre :

recht-195x195.jpgNous apprenons qu’un administrateur provisoire, mandataire de justice, a été désigné par le magistrat instructeur.

 
Mardi 24 octobre :

Le siège m’informe que le paiement des salaires sera retardé de “ plusieurs jours ”.

Je préviens aussitôt le personnel et convoque une Assemblée Générale pour le 27 octobre.

 
Vendredi 27 octobre :

J’informe les 250 salariés de l’établissement que les salaires seront vraisemblablement versés entre le 2 et le 8 Novembre. J’ai assisté au Conseil d’Administration l’avant-veille, en présence de l’administrateur. Je donne au personnel toutes les informations dont j’ai connaissance.

Je connais la situation financière de beaucoup des personnes qui sont présentes àss20071107095734.jpg l’Assemblée Générale : nous établissons au début de chaque mois une trentaine de chèque d’acompte. Je sais dans quelles difficultés vont se trouver ces personnes si le virement tarde trop.

 
 

Les salaires seront finalement versés 10 jours plus tard, la caisse nationale d’assurance maladie avancera plusieurs millions d’€uros à l’association pour lui permettre de poursuivre son activité.

Les conséquences sur l’accompagnement du public accueilli n’ont pas été mesurées, mais elles sont importantes, les projets en cours, notamment les constructions et les réhabilitations ont tous été interrompus et retardés. Mais surtout, la confiance a été ébranlée et à tous ses étages, l’association s’est repliée sur des positions de protection et de conservation. C’est bien là le pire qu’il lui soit arrivé.

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