Thérèse de Lisieux

    

Quelle personnalité étonnante que Thérèse de Lisieux. Dans un langage fleuri, parfois un peu naïf et candide, elle fait part de son expérience intérieure avec une simplicité et un naturel désarmant. Pour peu que l'on se laisse entrainer, c'est un vrai trésor qui se révèle au fil des pages.
Mais attention ! Les saints ne sont pas fait pour être imités littéralement, dans les choix de vie qui furent les leurs. Comme si tout le monde devait devenir carmélite ! Mais ce qui doit être imité par contre, c'est cette attitude intérieure d'un coeur à l'écoute de Dieu qui leur fit comprendre quelle était leur vocation.
Attitude intérieure d'ouverture à l'Esprit qui souffle où il veut en chacun. Ainsi, chacun puisse-t-il découvrir quelle est sa vocation.
 

Manuscrits autobiographiques
Office central de Lisieux (coll. Livre de Vie n° 8), 1995.

          Longtemps je me suis demandé pourquoi le bon Dieu avait des préférences, pourquoi toutes les âmes ne recevaient pas un égal degré de grâces, je m'étonnais en le voyant prodiguer des faveurs extraordinaires aux saints qui l'avaient offensés, comme saint Paul, saint Augustin et qu'il forçait pour ainsi dire à recevoir ses grâces ; ou bien en lisant la vie des saints que Notre-Seigneur s'est plu à caresser du berceau à la tombe, sans laisser sur leur passage aucun obstacle qui les empêchât de s'élever vers lui et prévenant ces âmes de telles faveurs qu'elles ne pouvaient ternir l'éclat immaculé de leur robe baptismale, je me demandais pourquoi les pauvres sauvages, par exemple, mouraient en grand nombre avant d'avoir même entendu prononcé le nom de Dieu... Jésus a daigné m'instruire de ce mystère. Il a mis devant mes yeux le livre de la nature et j'ai compris que toutes les fleurs qu'Il a créées sont belles, que l'éclat de la rose et la blancheur du lys n'enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette... J'ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes...(...)
          J'ai compris encore que l'amour de Notre-Seigneur se révèle aussi bien dans l'âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l'âme la plus sublime. (...)
          De même que le soleil éclaire en même temps les cèdres et chaque petite fleur comme si elle était seule sur la terre, de même Notre-Seigneur s'occupe aussi particulièrement de chaque âme que si elle n'avait pas de semblables ; et comme dans la nature les saisons sont arrangées de manière à faire éclore au jour marqué la plus humble pâquerette, de même tout correspond au bien de chaque âme.
p.20-22

          O ma mère, que les voies par lesquelles le Seigneur conduit les âmes sont différentes ! Dans la vie des saints, nous voyons qu'il s'en trouve beaucoup qui n'ont rien voulu laisser d'eux après leur mort, pas le moindre souvenir, le moindre écrit. Il en est d'autres au contraire, comme notre Mère Ste Thérèse d'Avila, qui ont enrichi l'Eglise de leurs sublimes révélations, ne craignant pas de révéler les secrets du Roi, afin qu'il soit plus connu, plus aimé, des âmes. Lequel de ces deux genres de saints plaît le mieux au Bon Dieu ? Il me semble, ma Mère, qu'ils lui sont également agréables, puisque tous ont suivi le mouvement de l'Esprit Saint et que le Seigneur a dit : Dites au Juste que Tout est bien. Oui, tout est bien, lorsqu'on ne cherche que la volonté de Jésus.
p.239-240

          Vous le savez, ma mère, j'ai toujours désiré d'être une sainte, mais hélas ! j'ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu'il y a entre eux et moi la même différence qu'entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé aux pieds des passants ; au lieu de me décourager, je me suis dit : Le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c'est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections ; mais je veux chercher le moyen d'aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d'invention, maintenant ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un escalier, chez les riches un ascenceur le remplace avantageusement. Moi, je voudrais trouver un ascenceur pour m'élever jusqu'à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors, j'ai recherché dans les livres saints l'indication de l'ascenceur, objet de mon désir et j'ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse éternelle : "Si quelqu'un est TOUT PETIT, qu'il vienne à moi" (Pr 9, 4). Alors, je suis venue, devinant que j'avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu, ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel. J'ai continué mes recherches et voici ce que j'ai trouvé : " Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux". Ah ! Jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme : l'ascenceur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus!
p.240-241

          Pendant tout le cours le cours de notre voyage, nous avons été logés dans des hôtels princiers, jamais je n'avais été entourée de tant de luxe. C'est bien le cas de dire que la richesse ne fait pas le bonheur, car j'aurais été plus heureuse sous un toit de chaume avec l'espérance d'entrer au Carmel, qu'auprès des lambris dorés, des escaliers de marbre blanc, des tapis de soie, avec l'amertume dans le coeur... Ah ! je l'ai bien senti, la joie ne se trouve pas dans les objets qui nous entourent, elle se trouve au plus intime de l'âme, on peut aussi bien la posséder dans une prison que dans un palais. La preuve, c'est que je suis plus heureuse au Carmel, même au milieu des épreuves intérieures et extérieures que dans le monde, entourée des commodités de la vie et surtout des douceurs du foyer paternel !
p.163
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